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RADICALISATION DOMESTIQUE

A 01 - L'Algérie à coeur

Rédigé par saïda b Publié dans #Société - Education - Morale

Simple, seule, délicateJe m'adresse à mes compatriotes d'origine depuis longtemps avec une sensibilité algérienne et un esprit critique qui ne leur est pas étranger, parce que universel. Les algériens ont une conscience d'universalité. Je sais que certains en seront parfois heurtés, mais mon intention est cordiale et, je crois, juste. Je sais aussi que la plupart y reconnaîtront un esprit national d'autodérision, une caractéristique qui nous permet de rire de tout. Surtout de nous-mêmes.

Mais l'écriture en français peut en modifier la tonalité et donner à l'autodérision un aspect pesant ; peut-être emprunté, moralisateur. C'est inévitable, mais je m'en défends définitivement. Si mes propos comportent toujours une morale, je ne fais pas la morale. Je m'exprime sur des dysfonctionnement, jamais sur des traits personnels. En tout cas pas en tant que personnes, seulement en tant que porteuses d'idées.

Qu'on ne cherche pas dans mon expression une couleur politique ou un engagement pour une cause ou une autre. Toutes les causes se valent malheureusement au regard de ceux qui les défendent. Je ne défends aucune cause autre que celle de ma foi personnelle dans une intelligence propre à l'humain. Une intelligence de dimension universelle.

Nous sommes tous des humains, aussi monstrueux puissent être nos actes. Je crois que les criminels les plus aguerris possèdent en eux une sensibilité humaine qui fait qu'ils nous ressemblent. Et s'ils nous ressemblent, ils peuvent récupérer la conscience de leur humanité, et réintégrer la société de tous les jours. Et réparer.

Je suis persuadée que le système juridique et carcéral, en Algérie comme ailleurs, en particulier en France, aggrave les conduites antisociales. Parce que son objectif est de sanctionner, pas de rééduquer à une vie banale. Or, la sanction est rarement appropriée, ce qui peut provoquer des sentiments d'injustice, la conviction de faire l'objet d'abus, chez les personnes jugées-condamnées. Evidemment, venant d'un voyou ou d'un criminel, une telle accusation peut paraître futile. On marche sur la tête ! Sauf que, comme nous tous, ces voyous et ces criminels ont leur façon de voir les choses, qui a fait d'eux ce qu'ils sont devenus.

Le rôle de la société devrait être de tenter de modifier leurs façons de voir déviantes, dont ils ne peuvent pas être tenus entièrement responsables parce que, comme pour nous, elles se façonnent sur ce qu'ils vivent dès leur plus jeune âge. Ce qui nous ramène tout naturellement à un sujet qui occupe toutes mes réflexions : le sens de l'enseignement, la formation des adultes référents, enseignants et éducateurs en particulier, ainsi que le rapport aux parents. Une difficulté qui n'est pas spécifique aux personnes qui deviennent parents, mais à la moralité de la société dans laquelle ils vivent.

لا

Entre diable et dindon

12/ 91 – 01/2017

Il paraît que le FIS1 est majoritaire au 1er tour des législatives. Que ne révèlerait-on pas de ce côté de la Méditerranée (France) pour discréditer toute tentative de souveraineté là-bas ! On ne peut cependant en vouloir à personne ; les médias sont des alarmistes chroniques. Cependant …

Le Premier ministre2 a exhorté les Algériens à jouer à pile ou face en votant « pour n'importe qui, mais votez". En d’autres termes : on sait bien que vous vous en moquez, que vous n’y croyez pas, que vous ne savez pas à quoi rime ce cirque mais faites-le. Il y va de notre renommée. Pour amadouer le FMI à mon avis. Mais ça, ce n’est pas dit explicitement. C'est une pratique de la démocratie tout à fait conforme au socialisme spécifique de notre beau pays en voie de développement, l’Algérie.

Voilà ; les algériens ont voté. Si voter consiste à faire un choix entre plusieurs propositions, les Algériens ont considéré qu'on ne leur proposait pas de produits appétissants. Ils ne se sentent pas suffisamment quadrupèdes bêlants pour faire mine de brouter allègrement de la farce démocratique. Ce que le Premier ministre proposait, c'était de faire comme si. Les Algériens ont fait mieux : ils sont fait, mais comme ça. Leur absence massive aux élections est la preuve qu’ils marchent à la verticale. Gare au deuxième tour3 !

Ce n'est pas encore une défaite mais une leçon de maturité morale. Les discours diabolisant le FIS ne feront pas sortir les Algériens de leur réserve. Et la kyrielle quasi instantanée de mouvements partisans qui s’auto qualifient avec présomption de partis politiques, ce qui fait jubiler d’autosatisfaction les médias occidentaux qui tiennent absolument à ce que la libéralisation qui s’amorce en Algérie soit menée à son terme à leur goût. Alors que cette pratique, qui ne réussit pas trop à convaincre les citoyens en France qui y sont pourtant rompus, ne correspond pas au tempérament des algériens, qui n’accorderont leur confiance à aucune organisation politique qui divise4.

Ces libéraux rutilants qui prétendent redresser l'économie, épanouir le social, dynamiser le culturel ... doivent d’abord se montrer capables de proposer une alternative authentiquement politique à la béatitude du FIS. Nos nouveaux démocrates ne montrent pas d’aptitude à faire la différence entre délire démagogique, passion du pouvoir et engagement pour une Algérie souveraine. Ils font comme leurs modèles d’ailleurs : ils parlent pour eux-mêmes. Ce qu’ils disent résonnent faux, parce qu'ils oublient qu’ils s’adressent à des Algériens, d'abord musulmans, d’une pratique paisible, tolérante, qui ne veulent ni du diable ni d’une basse-cour.

1 Front Islamique du Salut (parti qualifié d’intégriste)

3 Qu i a été annulé ; démocratie de seconde main oblige.

لا

Nationalité linguistique

4/92 – 5/2016

La polémique qui s'engage entre Algériens pour ou contre l'usage de l'une ou l'autre de nos langues d'usage est hors sujet. Rien ne peut justifier une remise en question de nos ressources culturelles, quelles que soient leurs origines.

Nous avons l’avantage d’une diversité linguistique qui ne peut pas être brandie comme un obstacle à la survie des uns ou des autres. L’abandon du français ne nous apportera aucun réconfort national. Même si l’arabe est d’un usage ancien, il n’en reste pas moins que c’est une langue importée au Maghreb, et on s’y est adapté. En fait, c’est elle qui s’est adaptée. Pourquoi pas le français, déjà acquis par une proportion importante d’Algériens ? L’anglais, déjà deuxième langue unique ? Pourquoi pas d’autres encore, du moment que nous en sommes capables, l’arabe comme langue nationale ne peut que s’en fortifier. Si les arabisants ou les fameux bilingues se montrent arrogants, ce n’est pas à la pratique de la langue qu’il faut s’en prendre, mais à l’esprit avec lequel le sujet est abordé.

Frustrés par une situation de crise qui prend à la gorge et étouffe les élans les plus généreux, les Algériens réagissent à leur propre impuissance par une déviation de leur sensibilité écorchée. Il faut qu’ils se reprennent. Personne ne peut plus faire mine d’ignorer que l'appropriation d'un outil culturel étranger (si toutefois le français nous est étranger) confère un dynamisme nouveau à la langue réceptrice, un enrichissement de son champ mental. Référons-nous à l'Islam qui nous convie à « aller à la quête du savoir même s'il se trouvait en Chine ». On ne peut être ni moins exclusif ni plus audacieux que cette religion en matière d’adoption de nouveautés. Les détracteurs du multilinguisme en Algérie ont-ils si peu confiance en eux-mêmes pour craindre pour la survie de leur langue nationale ? Et laquelle parmi les différentes variantes de l’arabe et du berbère dans ce beau pays ?

Peut-on encore parler de cultures étrangères alors que tous nos moyens de productions et de communication nous viennent d'ailleurs ; que nous les consommons jusqu'à l'indigestion et, comble d'incohérence, qu'ils nous servent à formuler notre rejet ? Nous confondons le fait culturel qui est un patrimoine collectif avec l'usage que chacun fait de l'objet culturel, qui relève du privé et sur quoi personne n’a rien à redire.

Il faut être d’une intolérance métabolique, pour ne pas dire pathologique, pour imaginer des critères linguistiques de citoyenneté[1]. Il est difficile d’imaginer plus sectaire. Aucune arithmétique partisane ne peut réduire le contenu du paramètre espace-temps ; les Algériens actuels sont de partout. Une nationalité linguistique avec pour langue unique une langue étrangère … Quelle idée saugrenue ! Ben oui, l’arabe classique nous est étranger[2]. لا

[1] Je pense ici à l’auteur du si beau roman traduit de l’arabe en français : Ez-zilzal (Tahar Ouattar ?), qui suggérait que soient exclus (/déchus ?) de la citoyenneté algérienne ceux qui n'auraient pas un certain niveau d'arabe. Comme s'ils étaient responsables de l'histoire de l'Algérie et de leur parcours scolaire !

[2] Il reste étranger à ceux dont la scolarité régulière date d’avant l’arabisation. Ça en fait un paquet.

لا

Être ou ne pas être

9/92 - 5/2016

La modernité est sûrement une fonctionnalité intéressante. A condition qu’elle se mesure au degré de bien-être d’une majorité majoritaire qui, grâce à elle, parviendrait à une perception des choses qui donne la priorité à une qualité de vie. Qui dit « qualité de vie » pense (sûrement) compétence des services publics, maturité du citoyen, liberté d'expression et de conscience, sécurité, santé ... On pourrait nommer cet état de grâce démocratie.

En Algérie, la modernité a été introduite au prix fort, au même titre que les machines industrielles et usines-clé-en-main dont beaucoup se sont décomposées tranquillement sous une épaisse couche de pure poussière du terroir. Les Algériens en sont comme frappés de dysphasie, pris dans une modernité qui leur est tombée sur la tête d’un coup de baguette politique magique ; un peu comme les derricks ont jailli des Hassi-Pétrole et compagnie. Comme ça, du jour au lendemain. Les autorités algériennes donnent l’impression de s’êetre ruées sur le pouvoir d’achat comme on se rue vers une issue de secours. Elles se sont précipitées ; nous sommes tombés[1].

Une société humaine n’attrape pas la modernité comme on attrape un objet que l’on vous lance du troisième étage ou comme un virus. L’acquisition de la technologique ne transforme pas les mentalités. Ce sont les mentalités qui peuvent transformer la technologie par l’adaptation de son mode d’application aux réalités locales. « Si le peuple un jour veut la vie, le destin n’a plus qu’à s’incliner » dit un poète arabe engagé. La modernité est une pratique qui exige une réorganisation des mécanismes mentaux. Les Algériens étaient essentiellement ruraux, artisans et communautaires, la politique de modernisation les a violentés par une application agressive du concept. Mettons-nous à jour.

Selon le processus d’intégration de chacun à ce mode de consommation, on sera ou pas : modernes, musulmans, indépendants, francs ... L’un portera le casque de la modernité du cadre-diplômes-en-poche ainsi présenté par l'adage populaire « Qui veut conserver sa place s'accroche à sa chaise », et se mettra en indisponibilité indéterminée. Car on ne peut pas s’accrocher au siège et en même temps être occupé à construire les routes, les hôpitaux, les écoles et les terrains de foot. L’autre celle du maçon-architecte dont le dicton serait juste le contraire.

[1] Nous continuons en 2016.

لا

Ruptures ? Super !

12/92 - 01/5/2016

Il me parvient le bruit d'une rupture z'au pluriel.

S'agit-il d'un ras-le-bol juvénile ? D'un suicide kamikaze ? D'une fuite légitime ?

D'une volonté de… faire ? D'une maturité à terme ?

Et que rompez-vous ? Un rang ? Pour choisir quel repère ?

Un silence ? Pour prodiguer quelle parole ?

La léthargie ? Pour proposer quelle dynamique ?

Une dictature ? Pour instaurer quelle liberté ?

Un envoûtement ? Pour engager quel enchantement ?

Une solitude ? Pour offrir quel partage ?

L'habitude ? Pour proclamer quelle aventure ?

Si rupture z'au pluriel il y a, alors nous vous avons à l'œil. Vous n'avez plus droit à l'erreur car nous savons tout des humains, en particulier qu'ils s'octroient trop facilement le droit aux entorses.

Comme vous avez été à bonne école (la nôtre aussi bien sûr), celle où nous apprenons à nous taire sans démissionner, nous attendons de votre parole qu'elle garantisse la transmission de notre vérité. Nous exigeons de vous une information crédible, sans fard ni queue fourchue. Nous voulons, parce que vous en êtes capables, une information digne de nous ; digne de vous.

Nous voulons, parce que vous en êtes capables, une information digne de nous ; digne de vous.

Si toutefois vos ruptures s'avèrent n'être que des fractures, alors prenez un congé de maladie ; ou portez vos blessures comme d'autres portent des visières. Vous irez loin sans rien voir qui puisse perturber vos convictions. Vous ne défraierez pas la chronique, tout le monde ploie sous le poids d'un destin ou d'un autre, tellement injuste qu'il nous ressemble.

Pour une rupture sans bavure, serrez les dents et CASSEZ NET. Ce sera votre revanche sur une fatalité absurde, pisque vous aurez tout fait tout seul(e/s)..

لا

Dictature démocratique

 

Une "démocratie" est le fait des hommes, de citoyens qui assument des responsabilités de plein gré (Hug ! J’ai dit). L'exercice de leurs libertés est garanti par des textes qui régissent les fondements de l'état, qui font l'objet de débats, amendements, révisions, agréments ... Le citoyen a toute latitude pour contester, proposer, choisir ou s'en désintéresser.

 

La religion, si elle est une œuvre humaine (véritablement ou pas, Dieu seul le sait), ne se réclame pas moins d’une origine divine. Dans la conscience des croyants, elle devient de ce fait une œuvre parfaite dont les textes définissent les limites entre le "bien" et le "mal". Il reste un problème : pourquoi dieu, dans toutes les établies à l'échelle du monde, est-il au masculin ? Laissons cette interrogation oisive de côté ...

 

Si l'être humain était en mesure de faire de la religion une application unique et universelle, il serait parfait, ce qui poserait un gros problème de correspondance avec le dieu origine/l, parfait par définition. Heureusement, il n’en est rien ; nous sommes imparfaits et le resterons. D’où vient alors l’obligation faite aux individus, ceci est vrai pour les trois religions dites révélées, de s'en tenir à une pratique unique ? De devoir choisir une pratique plutôt qu’une autre, et de la pratiquer d’une façon plutôt qu’une autre ...

 

Pourtant, faire porter l'habit de la foi à quiconque n'y est pas disposé revient à pratiquer le mensonge vis-à-vis de dieu, ce qui équivaut à un déni du dieu que l’on invoque. Seul un homme très imparfait (au masculin s'il vous plaît) peut se satisfaire de l'habit du moine dans son délire d'association avec son créateur. Quand cet homme est un état, il participe à son propre discrédit auprès de l'administré, ainsi contraint au parjure. Oui, Messieurs, faire semblant ou contraindre à faire semblant est contraire à la doctrine musulmane.

 

Les jeunes Algériens que nous appelons aujourd'hui des terroristes sont peut-être l'élite d'une école qui leur a inculqué les principes de l'interdit absolu, dont celui de penser par soi-même, dont le corollaire est l'obéissance absolue à un chef qu’il soit spirituel, idéologique, académique ou politique.

Les Algériens n'ont pas besoin de la menace du glaive du général, que celui-ci brandisse une matraque ou arbore une barbe1 pour pratiquer sa religion. Il le fait selon ses sensibilités multiples dans les pires des conditions physiques, historiques et économiques. Aucun gendarme ne remplacera sa conscience. Même s'il est contraint à braire pour préserver sa vie ...

Quelle valeur peut prendre la pratique d'une religion officialisée et encadrée par des décrets politiques ? Par quelle brèche pourrait bien se glisser la pratique démocratique déclamée dans cette société ? Laissons Allah conduire son troupeau en berger suprême et contentons-nous de mériter sa grâce. Que les autorités religieuses s'attachent plus à rendre la religion attrayante par une pratique irréprochable qu'à exercer un pouvoir qui ne correspond pas aux attributs d'une légitimité spirituelle. Il est précisément affirmé dans la tradition que la foi ne doit pas faire l’objet de contrainte. Que les représentants de cette tradition en honorent le principe.

La croyance est une affaire aussi personnelle que la démocratie est une affaire commune. Mettons ensemble les mots qui vont ensembles. Restituons la politique à l'état qui nous représente (hum !), la religion à Dieu, qui n'est la propriété de personne. Question d’élégance.

02/93 - 01/2017

 

1 Je ne parle pas ici de la barbe accompagnée d’une expression cordiale, qui donne une impression de noblesse et de maturité. Choisissez donc la bonne Messieurs ...

 

لا

C'est pas moi, M'sieur

 

Un de vos lecteurs semble vouloir faire porter à Chadli la responsabilité de la dégradation généralisée en Algérie. D'autres, il n'y a pas si longtemps, en ont fait autant avec Boumediene. Avant il y a eu Ben Bella. On peut continuer à remonter l'histoire de l'Algérie jusqu'au coup d'éventail, à l'invasion turque, aux Hilal... Cela se nomme « délégation de responsabilité ». Cela consiste en ceci : "C'est pas moi M'sieur, c'est lwi", ce qui revient à se défausser ; à renoncer à toute présomption de maturité. Très peu flatteur pour notre pif. Nous n'aurions jamais rien fait qu’attendre, impuissants ou lâches, que les choses se fassent et se défassent au gré de volontés plus déterminées. Pourtant on s’est abstenu aux élections … Et l’abstention à des élections de dupes, les toutes premières élections dites libres, est un acte éminemment responsable ! Il n’y avait rien à choisir ; on n’aura pas fait semblant.

 

Les événements citées sont des œuvres algériennes, comme la révolution, l'indépendance, les Russes puis les Egyptiens (vous souvenez-vous ?) ; puis les coopérants français. Le FIS aussi. Nous avons tous contribué à tout. « La conjoncture » direz-vous ! Ne nous courbons pas trop bas sous le souffle de l'histoire. Si nous n’avons pas les moyens de la faire, cette histoire, du moins intégrons-la ; reconnaissons nos échecs. C'est la condition ciné … Ciné quoi déjà ... d'une réflexion objective sur nos capacités à remonter une pente que nous avons dévalée avant de choisir le point de départ, le point de chute, et les étapes intermédiaires. Si nos hommes politiques (remarquez la prépondérance du masculin quand il s’agit d’embrouilles) n'ont pas été à la hauteur de nos espoirs, peut-être nous faut-il les choisir non plus en fonction d'un espoir mais d'un programme ; pas au nom d’une familiarité mais d’une exigence ; pas au nom d’une crainte mais d’une confiance. Ce qui est bon pour les Français aussi mais je le leur dis ailleurs.

Si les discours suffisent à nous faire écumer de passion2, alors nous méritons les dirigeants que nous avons parce qu’ils nous représentent bien. Les renier est inconséquent. Si nous sommes inconséquents, dansons autour des marabouts mortuaires à la pleine lune.

Chadli, Boum, Barberousse, El kahina, et pourquoi pas Rome, Madras, Babylone..., c’est tout à fait dans nos cordes. Nous sommes des afro-méditerranéo-proche-oriento-arabo-berbères et tutti quanti. Si nous dispersons nos attributs historiques, nos ennemis, qui sont en réalité les ennemis de l’humanité, seront les vainqueurs de notre difformité accrobatique.

5/93 - 01/2017

لا

 

C'est notre serpent mais c'est pas nous

Les assassinats de chercheurs, penseurs, universitaires ... doivent appartenir à un domaine qui échappe à l'analyse logique. Complots, traîtrises, manipulations ... sont autant de notions vagues dénotant notre impuissance à cerner un sujet indéfinissable. De quoi se demander si les drames qui semblent s'inscrire dans une normalisation de la déstabilisation nationale n'ont pas une cause politique. Et si le politique ne sert pas d’exutoire. Car s’acharner sur ses victimes en présence des enfants ne correspond à aucune nécessité objective. Semer la terreur ? Pourquoi impliquer les enfants ? Quel enjeu peuvent-ils représenter ? Provoquer la folie ? Pourquoi en Algérie ? Cela se passe ailleurs aussi. En effet, mais pas tout à fait comme ça. Et si la politique, intérieure, n'y était pour rien …

 

Si les actes terroristes prennent une coloration politique, c'est peut-être que nous la leur donnons faute de traitement plus rassurant ; plus facilement accessible à l'entendement. En Europe, les mêmes actes sont perpétrés par des individus isolés qualifiés de psychopathes, de racistes, de désaxés, de désespérés ... En Algérie, ce sont des commandos qui perpètrent (ce mot est d'une laideur …) des actes qui relèvent de la folie1. Comme si les actes de démence devaient être réduit en parcelles catégorielles pour trouver leur place dans une logique à portée de main.

 

Tout acte humain a un sens, qu'il faut chercher dans la réalité et non dans des modèles de comportements répertoriés. Voyons voir.

 

Tout le monde s'accorde sur un fait : avec le développement de la vie citadine se développe des comportements antisociaux caractéristiques. Le plus « naturellement »  du monde, les violences associées à l'urbanisation sont justifiées par des formes diverses d'inadaptation de l'être rustre (comprenez ruraux, semi-nomade, étrangers... ; pas beaux quoi) à la vie citadine, fief des citadins ; de souche s'il vous plaît ! Alors quoi ? Peut-être s'agit-il de symptômes d'un déséquilibre de la relation de l'être humain à lui-même, donc à son environnement. Un résultat logique de la gestion artificielle moderne de la vie en société. Une irruption de boutons n'indique ni le début ni la fin d'une maladie. Elle signale qu'il y a maladie. Ou plutôt réaction de défense de l'organisme à une agression. Constatons à ce sujet que les traitements conventionnels (contre les boutons mais aussi contre les incivilités, les précarités, les exclusions…) provoquent des troubles secondaires multiples qui nécessitent des traitements complémentaires ou annexes désastreux, que d'autres traitements font semblant d'enrayer … Et la folie monte en neige.

 

C'est ainsi que fonctionne l’organisme social. Il suffit de faire le tour des expériences scolaires dont font les frais des générations entières, pour ne parler que de cela, pour admettre que le corps algérien a de bonnes raisons de se couvrir de pustules (en France aussi bien entendu, ce qui interpelle sur l'identité des destins de ces deux sociétés si proches et si distantes). Or, les cadres autant que les chômeurs du pays sont issus de ces chantiers éducatifs. Tout le monde a consommé des produits étrangers sans transition ; sans y être préparé. J'en suis, et je sais que beaucoup de jeunes immergés de façon brusque dans des situations inconnues peut se laisser piéger par ce qui lui est administré tel un traitement ascensionnel. Je sais combien on peut se tromper d'amitiés quand, en face, on sait comment obtenir de vous ce que vous ne savez pas que l'on veut de vous. Dont vous n'avez pas la moindre idée, dont vous n'avez aucune envie. Que vous ne recherchez pas mais dont vous ne savez pas vous préserver. Précisément parce que vous ne vous y attendez pas. Il est normal qu'une forme ou une autre d'indigestion s'ensuive. Pour se détoxiquer, il faudrait jeûner d'abord. Ensuite et simultanément, il faudrait prendre le temps de nous définir une hygiène de vie adaptée à des besoins vrais, réels et non raisonnés, déduits. Inculqués ; provoqués.

 

Les vieilles gens de mon enfance arrivaient au terme de leur vie bon pied bon œil. Aujourd'hui, dans le seul village de mes jeunes années, les personnes âgées, bien avant la fin de leur vie, sont malades, dépressives, aveugles ... Les enfants parlent plus fort que les parents, qui ont démissionné devant l'autorité éducative centralisée, nationale. Ils se sentent incultes et inadéquats, projetant aveuglément leurs frustrations sur leurs propres enfants, croyant que leurs intransigeances ou leur démission donneront à leurs enfants le goût de l'apprentissage et la volonté de réussir. Réussir quoi ? Ils ne le savent pas, mais puisque L’État le dit, c'est que c'est juste2. C'est une souffrance dont personne ne semble mesurer le poids. Les enseignants viennent souvent à l'enseignement suite à un échec scolaire, comme en France. Voilà.

لا

La revanche (inconsciente ?) de tous sur une société aux modes d'utilisation indéchiffrables est une frénésie de consommation. Pas un Algérien n'échappe à la modernité surmédiatisée. Si les bonnes intentions des dirigeants ne peuvent être remises en doute sans tomber dans la diffamation, donnons tout de même un nom à l'incompétence.

Ayant enseigné une langue étrangère, je sais ce que peut représenter cette matière et l'école pour des jeunes qui arrivent tout droit de la campagne : une perte brutale de repères, de temps, de patience et d'espoir pendant les longues années scolaires, qui finissent par les dégorger alors qu'ils continuent à attendre que la lumière soit. Qui s’inquiète de ce que peut ressentir un enfant ou un adolescent qui sait que l'échec est au bout du parcours ?

 

Car ils le savent, l'espoir n'y change rien. Ils sont peut-être incultes au regard des porteurs de signes de réussite, ces ignorants qui auront acquis un savoir sanctionné par des documents officiels, mais ils portent en eux un trésor : une sensibilité qui se nourrit d'une culture, la même que celle des instruits qui l'auront bradée contre des apparences factices. Un joyau que le cartable ne peut pas contenir, qui se porte dans le regard, dans la voix, dans le silence. Vous connaissez "Une toute petite herbe qui ne demande qu'une toute petite subsistance" ? C'est un jeune individu qui finit par donner un sens à sa vie dans le choix du refus et de ses moyens. Bien sûr, aucun argument ne peut légitimer le crime, mais peut-on raisonnablement légitimer plus ce qui conduit au crime ? Qu'une vie en vaille une autre donc. Tout le monde est responsable, en Algérie comme ailleurs. Plutôt que de venger son impuissance et ses martyres en soumettant les auteurs des assassinats à la violence, ce qui légitime la leur, qu’il leur soit opposé le silence comme résistance à leur folie inculquée. Nous finirons par nous entendre quand le vacarme s'estompera.

 

Les nations et les puissances commanditaires des crimes ? Elles ne peuvent offrir leurs services qu'à des bénéficiaires prédisposés. Une personne équilibrée ne troque pas son attachement à son pays et à sa culture contre des avantages matériels aussi colossaux soient-ils en échange de la criminalité. La conscience ne se monnaie pas ; elle peut seulement s’épanouir, se perdre, ou se reprendre. Quand un enfant, une personne quelconque aux prises avec un aîné (un dominant) impitoyable se révolte et rend coup pour coup, un médiateur avisé lui inflige-t-il de préférence des sanctions encore plus exemplaires pour le réduire au silence, le soumettre, le convaincre ? De quoi ? De la valeur supérieure de la violence et de l'orgueil de son tyran ? Dans ce cas, avalons notre serpent et fermons-la. C’est précisément de ces valeurs-là qu’ils font usages contre nous.

6/93 - 01/2017

 

1Depuis, cette forme de démence s'est métastasée dans le monde non occidental (puis en Occident (note ajoutée fin mars 2018)) ...

لا

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