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RADICALISATION DOMESTIQUE

B 05 Droit mal distribué

Rédigé par saïdab

F est impressionnée par vos références à des faits de société généralement bannis de la sphère scolaire. Pourtant, tout en regrettant que « la classe » ne réagisse pas à vos sollicitations, elle ne s'exprime pas plus que ses camarades et se rattrape au domicile en développant avec passion les pour autant que les contre. Ce qui m'inspire cette réflexion.

Un tel intérêt reporté pour ce qui se passe en cours confirme l’existence d’une emprise de l’école sur les élèves ; qu’ils en soient conscients ou pas. En outre, qu’une adolescente se sente concernée à ce point par votre effort de communication et par l’absence de correspondance chez ses camarades, tout en restant muette elle-même, me semble mériter une analyse de situation (profane).

La dernière idée introduite chez nous par ce biais concerne votre suggestion de sanctionner les électeurs abstentionnistes. Le motif invoqué étant que l'abstention contribue à l’accès au pouvoir de ceux-là mêmes contre lesquels on exprime son désaveu au moyen de l'abstention. On est en droit de se demander comment il se fait que cet argument d’une logique irrévocable ne soit pas partagé par une majorité de résidents du pays, quand la politique de la chaise vide semble être une pratique plus démocratique que l’égalité devant la justice, la santé, l’apprentissage ? Comment cela se fait-il ? A mon sens, elle illustre une absence de conscience politique chez une proportion alarmante d’électeurs potentiels. Alarmante parce qu’elle détermine l’état de dérive de la Nation. Ce défaut de conscience n’étant pas un fait personnel mais collectif, la sanction de l’abstention reviendrait à sanctionner le résultat d’une inconséquence de dimension nationale. Pour cette raison, l’abstentionnisme devrait être posé en termes de défaut non plus de conscience mais d’intégration de résidents légitimes. Autrement dit d’absence d’une volonté politique ayant pour objectif d’intéresser à la vie de la cité.

Ceci dit, voyons comment prendre l’idée de la sanction de l’abstention.

D'un côté, on peut très bien considérer qu’un droit dont on ne fait pas usage est un acquis historique, sans autre forme de procès. Voter ou ne pas voter ne remet pas en cause le droit. Et chacun fait comme bon lui semble dans une société où peu de valeurs communes nous rassemblent.

D’un autre côté, on peut considérer que, comme une fonction ou un paragraphe inutiles, on peut le remiser, jusqu’à en oublier l’existence. Et seulement après, peut-être, le révoquer.

Mais la sanction pose un problème insoluble car en toute logique, parce qu’ils seraient un obstacle à un exercice démocratique accompli dans la cité, les abstentionnistes permanents pourraient aussi bien être déchus de leur statut d'électeurs ; puis de citoyens ... Une option qui n’aurait de sens, d’intérêt et de légitimité que si, dans le même temps, elle s’appliquait de façon rigoureuse, pas à la française, à toute forme d’abstention. En particulier à celle pratiquée avec une désinvolture affligeante par des élus dans leurs fonctions de représentants des intérêts des citoyens. Ainsi serait déchu tout citoyen élu dont l'exercice du mandat n’honore pas ses engagements. Ce qui exclurait de la communication politique toute forme de publicité mensongère. Cela équivaudrait à ce que l’on peut qualifier à juste titre de République ou Démocratie. Ce que certains pays, civilisés et moins civilisés selon nos critères, pratiquent déjà. Le problème est que démocratie et république ne sont pas nécessairement compatibles (Internet vous éclairera à ce sujet). L’amalgame de ces deux notions peut peut-être rendre compte de notre « nous sommes en démocratie, chacun fait ce qu’il veut ». Y compris raconter des bobards dans le seul but de se faire élire, payer des experts pour monter votre personnage comme on fait monter une mayonnaise, et faire sa propre promotion contre les adversaires politiques sans que personne n’y trouve à redire.

 

Le problème soulevé par ce thème me semble pourtant se rapporter à un sujet plus sérieux : l'ambiguïté du rapport entre droit et devoir. Droit ou devoir de voter, euthanasier, faire ce que je veux de ma personne ; (se) soigner ; (se) loger, (s')instruire … Mais peut-être que le sujet est mal posé. La bonne question n’est-elle pas : comment se fait-il que le droit de vote semble concerner de moins en moins de personnes concernées ? La réponse ne serait-elle pas : les détenteurs du droit à promulguer le droit ne jouent pas le jeu ? Ou bien : telle qu’elle est pratiquée, la politique, l’exercice du pouvoir de garantir le respect du droit, est répulsive. Au sens magnétique du terme. Autrement dit : le désengagement des électeurs ne peut pas être considéré comme une cause mais comme un effet de la nature et qualité de la politique. Et la sanction devrait s’appliquer en toute légitimité à ceux qui découragent l'électorat. CQFD

L’idée de sanctionner les électeurs relève du même esprit que celui qui consiste à sanctionner les élèves pour leur manque d'intérêt pour les études. Alors que le volume de l’échec scolaire devrait être un sujet d'autocritique institutionnelle et personnelle de la part des enseignants ; de réflexion croisée, de communication avec toutes les parties concernées dont les parents. La « défection » scolaire est un lourd tribut payé par les enfants à un système inopérant. Nous sommes loin de la République et de la démocratie … Et comme les élèves de tous temps sont les élus et les électeurs de tous temps, concluons par le commencement du parcours du futur citoyen : la scolarité.

Les élèves échouent non parce qu’ils ne veulent pas apprendre mais parce que le système n'est pas capable de mobiliser leurs ressources. Vous en voulez une preuve ? La désobéissance, alors qu’elle est une manifestation naturelle chez l’enfant, est sévèrement, injustement et disproportionnellement réprimée. Si les élèves ne se manifestent pas, c’est parce qu’ils ne pensent pas que leurs impressions ont de la valeur ; qu’ils n’ont pas les mots pour formuler des pensées qu'ils ne s'autorisent même pas tant elles font l'objet de dérision ou de sanctions dès le plus jeune âge ; qu'ils ne savent même pas qu'ils ont des idées personnelles ! Quand je suggère à ma fille de vous dire à vous ce qu’elle me dit à moi, pour se mettre d’accord avec elle-même déjà, elle répond qu’elle aurait l’air de quoi ? Que ses camarades la … mépriseraient sic ! Que vous n'apprécieriez pas qu'elle vous parle d'égal à égal1. En cours, elle doit suivre, comme tout le monde. 02/01

 

لا

1 Vous doutez encore de la transmission des codes de stratification socioculturelle ?

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